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Qui suis-je ? 

La conférence gesticulée, le féminisme et moi. 

Je m'appelle Elise Laroche et j'ai 35 ans. 

En 2013, je suis chargée de mission "Education Jeunesse et Citoyenneté" à la ligue de l'enseignement 82 et je cherche à monter un secteur "lutte contre les discriminations" auprès des collégien.nes et lycéen.nes. J'accueille à ce moment là une personne volontaire en Service Civique qui sort d'un Master "Genre et Politiques Sociales". Cette rencontre me fait "entrer en féminisme" et nous amène à créer, ensemble, des actions spécifiques de lutte contre le sexisme dans les collèges et lycées. A partir de ce moment là j'observe la société avec un œil nouveau, avec ce qu'on appelle "des lunettes de genre". Ce que je n'observe pas encore à cette époque avec mes "lunettes de genre", c'est ma vie à moi. 

Les années passent, je reste dans le champs de l'éducation populaire mais je n'interviens plus ni avec des jeunes ni sur des questions de genre.

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En 2020, un collègue et ami de la Coopérative d'Education Populaire "La  Braise" à Strasbourg me dit "tu veux pas faire une conférence gesticulée ? Il reste des places pour notre stage "monte ta conf'" de 2021 ?"

J'ai une histoire avec les conférences gesticulées : en 2ème année de DUT Carrière sociales, je découvre ce format en voyant celle de Franck Lepage "Inculture 1, l'éducation populaire, Monsieur, ils n'en ont pas voulu". Ca change littéralement ma manière de voir mon métier et c'est certain, ça change ma vie... J'avais 20 ans. 

Je lui réponds "moi ?! une conf' ?! déjà je suis trop timide et en plus j'ai rien à dire". On passe toute la soirée dans un bar à discuter de tout ce sur quoi je n'avais rien à dire ! haha ! Le lendemain matin, je me réveille, je prends mon téléphone et je lui envoie un sms "c'est bon je m'inscris au "Monte ta conf' !".  

Au moment où je m'inscris je ne sais pas si je vais jouer le jeu jusqu'au bout de "monter sur scène" et je ne sais pas vraiment de quoi j'ai envie de parler. 

Au départ il était vaguement question de déshumanisation du travail social, d'appels à projets, d'émotions... Pendant la première semaine de stage (5 en tout sur 7 mois), nous avons été invitées à coucher sur le papier "nos petites histoires", toutes les anecdotes qui nous venaient qui "ont fait ce qu'on est aujourd'hui". La récurrence des anecdotes en lien avec mon genre, le fait que je sois née (assignée) femme était flagrante. Trop pour passer à côté. Pendant cette année passée à construire cette conférence gesticulée, j'ai effectué une relecture féministe de ma vie et de ma vie intime. L'occasion de multiplier les prises de conscience, les analyses structurelles et de m'accompagner vers ma propre émancipation.              Quel merveilleux cadeau !!! 

 

Puis je l'ai fait, je l'ai jouée une fois. A peine terminée, sous les applaudissements, j'ai beaucoup pleuré. Prendre publiquement la parole sur le sujet du silence de soi à quelque chose d'extrêmement émouvant et puissant. Puis je l'ai rejouée, une fois, deux fois, trois fois ... A chaque fois, j'ai eu des retours bouleversants. Je savais que mes petits bouts d'histoires ne parlaient pas que de moi mais qu'ils mettaient en lumière une dimension structurelle ; c'est l'idée d'une conf', mais à ce point là je ne m'y attendais pas. 

Je ne m'attendais pas à ce que ça touche et questionne tant de personnes. 

A chaque représentation, c'est plusieurs personnes de 15 à 85 ans qui viennent me voir pour me dire "c'est fou comme je me reconnais dans tout ce que vous avez vécu".

L'intime est politique !

Par définition, le champs de l’intime c'est ce qu’on va garder pour soi et ce qu’on va davantage attribuer au domaine du privé, du personnel ou encore de la personnalité. De manière générale dans notre société, on va assez peu parler de notre rapport à notre genre, notre corps, nos émotions, nos désirs, nos pratiques sexuelles... Le fait qu’on parle peu de ces questions liées à l’intime fait que ce champs reste peu visité d’un point de vue politique et c’est encore plus le cas dans le cadre de la sexualité. Comme c'est un sujet encore très tabou, on partage peu notre vécu et nos anecdotes. Parfois on le fait peu aussi parce que c’est mêlé à un sentiment de gène ou même de honte et la honte c’est l’émotion qui mène le plus au silence. Mais comme on partage peu, on a peu de possibilité de se rendre compte que ce n’est pas juste dans notre vie que ça se passe. Et comme on n'a pas moyen de se rendre compte que ce n’est pas anecdotique justement, souvent on considère que ce qui nous arrive, soit ce n’est pas un problème, soit c’est notre problème, soit c’est nous le problème. 

Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c’est comment le patriarcat s’infiltre dans notre rapport à nous même, à la valeur qu’on se donne, à la légitimité qu’on s’accorde, à notre rapport à notre corps, nos émotions, nos désirs, nos besoins, nos limites, nos pratiques sexuelles et nos relations intimes et amoureuses. C'est continuer à défricher ce champ encore assez peu exploré et surtout assez peu visible. C'est participer à rendre visible l’invisible. C'est chausser ses "lunettes de genre" pour non seulement regarder le monde qui nous entoure mais aussi regarder ce que ce monde a fait de nous / nous a fait. 

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Que mon chemin d'émancipation en inspire d'autres... 

Qu'est ce qui nous mène vers l'émancipation d'une situation ?

 

C'est un peu mon terrain de recherche en ce moment... Pour l'instant je me dis que souvent, c'est une émotion, une colère, un épuisement, une fois de trop, une prise de conscience que quelque chose ne va pas, c'est aussi parfois une rencontre, un récit qui vient nous percuter. Si je peux incarner ce récit qui vient percuter, ne serait-ce que pour une personne dans le public, alors j'ai envie de continuer. 

Et quand j'entends des jeunes de 15 à 25 ans me dire "maintenant je sais que je peux dire non" il n'y a pas plus grande motivation ! 

 

Des exemples de paroles de jeunes
quand on leur demande, suite à ma conf'
"qu'est ce que ça te donne envie de faire ?" : 

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